Asthanga yoga de Patanjali

Ou « Les 8 piliers du yoga »

Ashtanga yoga de Patanjali OU les 8 piliers du yoga tel que nous le connaissons

Patanjali* est qualifié comme étant le 1er codificateur du Yoga. Il est l’auteur des « Yoga sutras », une sorte de traité sur le yoga, inspiré de l’école Samkhya* et de Bhagavad Gita*.

On pense qu’il vécut i entre 3000 et 2000 ans avant notre ère.

Les yogas sutras sont divisés en quatre tomes qui transmettent des messages de valeur universelle.

Un ensemble de 196 versets rédigés en sanskrit peu de temps avant l’ère chrétienne, et qui traitent de l’art, de la science et de la philosophie de la vie.

Patanjali démarre son œuvre par le verset 1 : « Atha Yoganushasanam », nous allons maintenant étudier le yoga ; le  yoga est un état de cohérence dans lequel vous êtes libérés de vos pensées, de vos sentiments et de vos émotions perturbatrices. Dès que vous êtes dans cet état, la partie, qui en vous est consciente, s’établit dans un état de paix et de calme, ce qui correspond d’ailleurs à sa vraie nature. A l’inverse, tant que vous n’êtes pas dans cet état, votre conscience est accaparée par l’activité désordonnée et incessante de vos pensées et de vos émotions.

  • Atha : maintenant, moment de transition
  • Yoga : union, concentration
  • Nushasanam : enseigner avec discipline

Patanjali commence les Yoga Sutras d’une manière très étrange. Le premier sutra est le suivant “… et maintenant, le yoga”. Cette demi-phrase est un chapitre. C’est une façon très étrange de commencer un livre de cette dimension. Intellectuellement, cela n’a aucun sens, mais d’un point de vue expérimental, ce qu’il dit est : « Si vous croyez encore que construire une nouvelle maison, ou trouver une nouvelle femme, ou marier votre fille réglera votre vie, ce n’est pas encore le moment de faire du yoga. Mais, si vous avez vu le pouvoir, la richesse et le plaisir, si vous avez goûté à tout dans votre vie et réalisé que rien ne fonctionnera dans le vrai sens et ne vous comblera finalement, alors il est temps pour le yoga. Toutes les bêtises dans lesquelles le monde entier est impliqué, Patanjali vient de les écarter en une demi-phrase. Cela signifie que vous savez que rien ne fonctionne ; La douleur de l’ignorance vous sépare de la vérité et du savoir. Maintenant, le yoga. Maintenant, il y a un moyen de savoir.

Les 4 tomes des « Yoga sutras » sont les suivants :

  • Samadhi pada : décrit la méditation profonde et la dévotion suprême
  • Sadhana pada : décrit la pratique
  • Vibhuti pada : décrit les propriétés du yoga
  • Kaivalya pada : décrit le chemin de la réunification

Dans ces textes sont décrits également les 8 membres du yoga : « Ashtanga » en sanskrit, et qui est un mot composé de 2 racines : Ashta pour 8 et Anga ou membres. A ne pas confondre avec la discipline Ashtanga yoga (vous référer à l’article les différents types de yoga disponible sur notre blog).

Ces 8 piliers, membres ou branches du yoga sont la base de la philosophie yogique, et son souvent représentés sous forme d’un arbre dont les branches remontent vers le ciel.

Nous distinguons 2 catégories :

  • Yoga extérieur : Yamas – Niyamas – Asanas et Pranayma
  • Yoga intérieur : Pratyahara – Dharana – Dhyana et Samadhi

 

  • Yoga intérieur :
    • Les Yamas : Disciplines extérieures

Il s’agit d’un code de conduite envers les autres et envers les contraintes extérieures qui nous pousse à travailler sur l’aspect extraverti de notre personnalité, permettant une harmonisation des interactions sociales. C’est tout simplement notre code moral de conduite en société : « ne faites pas aux autres ce que vous ne souhaitez pas que l’on vous fasse ».

On dénombre 5 Yamas

  • Satya : la vérité, ne pas mentir
  • Ahimsa : la non violence dans les actions, les pensées et les paroles
  • Asteya : ne pas voler, l’honnêteté
  • Aparigraha : la non possession, célébrer l’abondance
  • Bramacharya : La modération, l’abstinence
    • Les Niyamas

Il s’agit des contraintes envers soi, pour trouver la sérénité dans la relation avec soi-même. Autodiscipline et observances spirituelles.

Comme les Yamas sont des règles en société, les Niyamas sont des règles personnelles.

On dénombre également  5 Niyamas

  • Saucha : la pureté, la propreté
  • Santosha : la satisfaction, le contentement
  • Tapas : l’austérité spirituelle, l’ardeur dans la pratique et la capacité à l’effort
  • Svadhyaya : l’étude et la connaissance des textes sacrés
  • Ishvarapranidhana : l’abandon au supérieur, le lâcher prise
    • Les Asanas

Le terme asana signifie : posture rituelle. Le Haṭha Yoga Pradipika* définit plusieurs postures, les plus pratiquées par les adeptes du yoga.

Pratiquer en consistance et en observant une certaine discipline permet de trouver l’équilibre entre l’engagement musculaire et le lâcher prise.

Patanjali décrit cela par le verset 2.46 : « Sthira Sukham Asanam » que l’on peut traduire par : une posture stable et confortable, pour désigner le fait de trouver du confort dans l’inconfort

Sthira : ferme, stable

Sukham : confortable, aisé

Asanam : posture

Le but étant de préparer le corps physique à la méditation.

    • Pranayama

Pranayama représente la pratique de la respiration : le mouvement de la vie. « Prana » signifie l’énergie vitale universelle et  « Yama » le contrôle, la maitrise, la régulation.

C’est la discipline du souffle au travers de la connaissance et du contrôle du Praṇa.

Plusieurs techniques et exercices de respiration sont disponibles dans la pratique comme : la respiration carrée « Samavritti », la respiration alternée « Nadi Shodhana », la respiration de l’océan ou la respiration victorieuse « Ujjayi », la respiration du crâne brillant  ou respiration du feu « Kapalabhati », la respiration rafraichissante « Sitali » … Se référer à notre article sur les exercices de respiration

Ces 4 étapes (Yamas, Niyamas, Asanas et Pranayma) vont permettre de contrôler les « Vrittis »*, qui sont les fluctuations du mental. Tel qu’expliqué sur le verset 1.2 : « Yoga Chitta Vritti Nirodha », qui se traduit par : le yoga est la cessation des fluctuations du mental. L’état de yoga permet donc de contrôler notre mental hyperactif, le fléau de notre siècle !

Yogah : yoga

Citta : mental

Vritti : fluctuations, modifications

Nirodhah : inhibition, suppression, arrêt , frein

  • Yoga extérieur :
    • Pratyahara

« Pratyahara » signifie le retrait des sens. Nous nous entrainons depuis notre naissance à aiguiser nos sens pour les interactions extérieure, la pratique nous demande de les contrôler et de les tourner vers l’intérieur. En effet,  nous nous laissons facilement distraire au quotidien par non sens. Cet aspect fait appel a l’austérité de la pratique.

    •  Dharana

« Dharana » signifie concentration, elle doit être pure et imperturbable. Dans la pratique certaines techniques nous permettent de toujours rester connecter à l’instant présent, d’abord par l’attention constante portée à la respiration, puis par le « Drishti »* qui représente la position du regard dans la posture et par l’intention «Sankalpa »*.

Dharana consiste donc au fait de garder l’esprit concentré sur une pensée particulière, ou un objet (externe ou interne).

    •  Dhyana

« Dhyana » signifie contemplation, réflexion, méditation. Ce mot est dérivé des 3 racines, « Dhi » qui signifie réceptacle ou esprit; «Yana» qui signifie bouger, partir. Et pour finir «Dhyai» qui peut se traduire par penser.

Il s’agit d’une pratique méditative profonde souvent effectuée après des exercices respiratoires.

    •  Samadhi

« Samadhi », l’état ultime, l’éveil sans identification. Ce terme signifie : union, totalité, accomplissement, achèvement, mise en ordre, concentration totale de l’esprit, contemplation, absorption, extase. Certains l’appellent le nirvana. C’est état de conscience profonde et déconditionnée, entièrement libre, sans aucune notion de bien ou de mal.

Glossaire :

*Patanjali : Qui est la personne derrière les yoga sutras ?! La vérité, c’est que personne ne sait grand chose sur ce sage, ni même la période à laquelle il aurait vécu. Certains spécialistes pensent qu’il vécut au 2ème siècle. Mais en se basant sur les analyses du langage et de l’enseignement des sutras, les chercheurs contemporains situent Patanjali au 2ème ou 3ème siècle après J. -C. Plusieurs légendes et mythes circulent autour de cette célèbre et mystérieuse personne.

Une de ces légendes raconte que Patanjali a été envoyé sur Terre pour enseigner le yoga, tombé du paradis sous forme d’un serpent ; directement dans les mains de Gonika, une puissante yogini qui priait les dieux pour avoir un fils.

Il est parfois représenté comme l’incarnation d’un serpent à 1000 têtes nommé Shesha (vestige) ou Ananta (éternel)

*Samkhya : Ecole de la philosophie indienne orthodoxe

*Bhagavad Gita : A traduire comme le chant du bienheureux, c’est le texte central du grand poème « Mahabharata » dans lequel le yoga est représenté comme un processus qui permet à une personne de se connecter au supérieur, à l’absolu ou au divin.

C’est un dialogue entre Arjuna, un guerrier qui redoute d’aller au combat et doute de sa mission, et son conducteur de char, Lord Krishna qui essaie de le persuader et réconforter pour accomplir son devoir de guerrier. Dans son explication, Krishna évoque les divers types de yoga, dont Jnana, Bhakti, Karma et Raja.

La bataille décrite dans la Bhagavad Gita est une allégorie de la vie humaine.

*Vritti : Mouvements de la pensée, fluctuations du mental, changements d’avis. Notre mental étant souvent comparé dans la pratique du yoga à la lune, passant par différente phases

* Haṭha Yoga Pradipika : Recueil datant du XVe siècle écrit par Swami Svatmarama.

C’est le plus ancien manuel de Hatha Yoga et un des textes les plus importants sur cette discipline.

« Pradipika » signifie lumière, le fait d’éclairer. Ce texte est composé de plus de 5000 mots.

* Drishti : Signifie vue. Dans la pratique un yogi ou une yogini utilise son regard pour compléter son alignement et sa posture. Également utilisé dans la méditation et les exercices de respiration pour créer la conscience de soi. On dénombre 9 Drishtis dans la pratique :

  • Nasagrai drishti: regard vers le bout du nez (dans la posture de la montagne par exemple)
  • Bhrumadhye drishti: regard vers le chakra du 3ème œil (posture du lion par exemple)
  • Nabi chakra drishti: regard vers le nombril (posture du chat ou du chien tête en bas par exemple)
  • Angusthamadhye: regard vers le pouce (posture extension debout ou triangle par exemple)
  • Hastagrai drishti: regard vers les mains (posture du guerrier II par exemple)
  • Parsva drishti: regard vers le côté droit ou le côté gauche (les postures en torsion par exemple)
  • Padayoragrai drishti: regard vers les orteils (posture de la pince assise par exemple)
  • Urdhva drishti: regards vers le haut (posture du guerrier I par exemple)

* Sankalpa : Notre souhait profond, intimement lié à notre pratique yogique, c’est la formulation d’une intention ou volonté vers un but défini. Nous incitons notre conscient et notre inconscient à ouvrer pour avancer vers une même direction. C’est une action de foi. Souvenez vous : l’énergie va là où l’attention va